WikiSource – Rapport spécial du GIEC sur l’océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique

Image par Dimitris Vetsikas de Pixabay

Une équipe citoyenne a mis en ligne une traduction du dernier rapport du GIEC sur l’océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique, plus exactement le résumé à l’attention des décideurs.

L’ensemble des documents en anglais est disponible sur le site du GIEC.

Ce résumé en français est disponible ici sur WikiSource!

Excellente initiative, que nous relayons. Nous partageons de plus les différents constats ayant un degré de confiance très élevé à quasi certain, notés en gras dans le long texte ci dessous.

Le GIEC

Pour ceux qui l’attaquent ou le mettent en doute, nous souhaitons aussi rappeler que le GIEC est un collectif d’experts et de scientifiques faisant une sorte d’état de l’art ou d’état des lieux de la production scientifique sur les thématiques du changement climatique (cf leur présentation en francais).

101 experts issus des laboratoires, écoles, universités, instituts de plus de 40 pays, ont été invités à collaborer à ce rapport. 6 français ont contribué (CNRS, Université Pierre et Marie Curie, IDDRI, Mercator Océan, Meteo France, LEGOS, Université du Pacifique Sud, EPOC).

Changements observés et conséquences

Changements physiques observés

  • Au cours des dernières décennies, le réchauffement planétaire a entraîné une réduction généralisée de la cryosphère, avec une perte de masse des calottes glaciaires et des glaciers (degré de confiance très élevé), une réduction de la couverture neigeuse (degré de confiance élevé) et de l’étendue et de l’épaisseur de la banquise arctique (degré de confiance très élevé) et une augmentation de la température du pergélisol (degré de confiance très élevé).
  • Il est quasiment certain que l’océan mondial s’est réchauffé sans arrêt depuis 1970 et qu’il a absorbé plus de 90 % de la chaleur excédentaire dans le système climatique (degré de confiance élevé). Depuis 1993, le taux de réchauffement des océans a plus que doublé (probable). Les vagues de chaleur océaniques ont très probablement doublé en fréquence depuis 1982 et augmentent en intensité (degré de confiance très élevé). En absorbant plus de CO2, l’océan a subi une acidification de surface croissante (quasiment certain). Une perte d’oxygène s’est produite de la surface à -1000 m (degré de confiance moyen).
  • Le niveau moyen des océans (NMO) s’élève, avec une accélération au cours des dernières décennies, en raison des taux croissants de fonte des glaces dans les calottes glaciaires au Groenland et en Antarctique (degré de confiance très élevé), ainsi que de la perte de masse glaciaire continue et de l’expansion thermique des océans. L’intensification des vents et des précipitations dans les cyclones tropicaux, et l’amplification des vagues de tailles extrêmes, combinées à l’augmentation relative du niveau de la mer, exacerbent les événements extrêmes de niveau des eaux et les risques côtiers (degré de confiance élevé).

Conséquences observées sur les écosystèmes

  • Les changements de la cryosphère et les changements hydrologiques connexes ont eu des répercussions sur les espèces et les écosystèmes terrestres et d’eau douce dans les régions polaires et de haute montagne en raison de l’apparition de terres auparavant recouvertes de glace, de changements dans la couverture de neige et du dégel du pergélisol. Ces changements ont contribué à modifier les activités saisonnières, l’abondance et la répartition des espèces végétales et animales d’intérêt écologique, culturel et économique, les perturbations écologiques et le fonctionnement des écosystèmes. (degré de confiance élevé)
  • Depuis environ 1950, de nombreuses espèces marines représentant divers groupes ont vu leur aire de répartition géographique et leurs activités saisonnières changer en réaction au réchauffement des océans, aux changements de la banquise et aux modifications biogéochimiques de leur habitat, comme par exemple la perte d’oxygène (degré de confiance élevé). Cela a entraîné des changements dans la composition en espèces, l’abondance et la production de biomasse des écosystèmes, de l’équateur jusqu’aux pôles. Les modifications des interactions entre espèces ont eu des répercussions en cascade sur la structure et le fonctionnement de l’écosystème (degré de confiance moyen). Dans certains écosystèmes marins, les espèces sont affectées à la fois par les effets de la pêche et les changements climatiques (degré de confiance moyen).
  • Les écosystèmes côtiers sont affectés par le réchauffement des océans, parmi lesquels des vagues de chaleur océaniques intensifiées, l’acidification, la perte d’oxygène, l’intrusion de salinité et l’élévation du niveau de la mer, conjugués aux effets négatifs des activités humaines sur les océans et les terres (confiance élevée). Des impacts sont déjà observés sur la zone d’habitat et la biodiversité, ainsi que sur le fonctionnement et les services des écosystèmes (confiance élevée).
  • Depuis le milieu du XXe siècle, le rétrécissement de la cryosphère dans l’Arctique et les régions de haute montagne a eu des répercussions principalement négatives sur la sécurité alimentaire, les ressources en eau, la qualité de l’eau, les moyens de subsistance, la santé et le bien-être, les infrastructures, les transports, le tourisme et les loisirs, ainsi que sur la culture des sociétés humaines, particulièrement chez les peuples autochtones (degré de confiance élevé). Les coûts et les bénéfices ont été inégalement répartis entre les populations et les régions. Les efforts d’adaptation ont bénéficié de l’inclusion du savoir autochtone et du savoir local (degré de confiance élevé).
  • Les changements dans l’océan ont eu des conséquences sur les écosystèmes marins et les services écosystémiques avec des résultats régionaux divers, mettant en cause leur gouvernance (degré de confiance élevé). Il en résulte à la fois des conséquences positives et négatives sur la sécurité alimentaire à travers la pêche (degré de confiance moyen), les cultures locales et les moyens de subsistance (degré de confiance moyen), et le tourisme et les loisirs (degré de confiance moyen). Les conséquences sur les services écosystémiques affectent négativement la santé et le bien-être (degré de confiance moyen) ainsi que les peuples autochtones et les communautés locales qui dépendent de la pêche (confiance élevée).
  • Les communautés côtières sont exposées à de multiples dangers liés au climat, notamment les cyclones tropicaux, les niveaux extrêmes de la mer et les inondations, les canicules marines, la perte de la banquise et le dégel du pergélisol (degré de confiance élevé). Diverses réponses ont été mises en œuvre dans le monde entier, le plus souvent après des événements extrêmes, mais aussi dans certains cas en prévision d’une élévation future du niveau de la mer, par exemple dans le cas de grandes infrastructures.

Les changements et les risques prévus

Changements physiques projetés

  • La perte de masse des glaciers à l’échelle mondiale, le dégel du pergélisol, la diminution de la couverture de neige et de l’étendue de la glace de mer arctique devraient se poursuivre à court terme (2031-2050) en raison de la hausse de la température de l’air à la surface (degré de confiance élevé), avec des conséquences inévitables sur l’alimentation des cours d’eau et les risques locaux (degré de confiance élevé). Les calottes polaires du Groenland et de l’Antarctique devraient perdre de la masse à un rythme croissant tout au long du XXIe siècle et au-delà (degré de confiance élevé). Les taux et l’ampleur de ces changements dans la cryosphère devraient encore augmenter dans la seconde moitié du XXIe siècle dans un scénario à fortes émissions de gaz à effet de serre (degré de confiance élevé). De fortes réductions des émissions de gaz à effet de serre au cours des prochaines décennies devraient réduire les changements après 2050 (degré de confiance élevé).
  • Au cours du XXIe siècle, on prévoit que les conditions de l’océan seront sans précédent avec une augmentation des températures (pratiquement certaine), une stratification plus importante de la couche supérieure de l’océan (très probable), une acidification accrue (pratiquement certaine), une baisse de l’oxygénation (degré de confiance moyen) et une production primaire nette modifiée (degré de confiance faible). Les vagues de chaleur marines (degré de confiance très élevé) et les phénomènes extrêmes liés à El Niño et La Niña (degré de confiance moyen) devraient devenir plus fréquents. La Circulation Méridienne de Retournement Atlantique (AMOC) devrait s’affaiblir (très probablement). Les taux et l’ampleur de ces changements seront plus faibles dans les scénarios à faibles émissions de gaz à effet de serre (très probable).
  • Le niveau de la mer continue de monter à un rythme croissant. Des élévations extrêmes du niveau de la mer qui sont traditionnellement rares (une fois par siècle dans un passé récent) devraient se produire fréquemment (au moins une fois par an) à de nombreux endroits d’ici 2050 selon tous les scénarios RCP, particulièrement dans les régions tropicales (degré de confiance élevé). La fréquence croissante des niveaux d’eau élevés peut avoir de graves répercussions à de nombreux endroits, selon l’exposition (degré de confiance élevé). L’élévation du niveau de la mer devrait se poursuivre au-delà de 2100 dans tous les scénarios RCP. Pour un scénario impliquant des émissions élevées (RCP8.5), les projections de l’élévation mondiale du niveau de la mer d’ici 2100 sont supérieures à celles du RE5 en raison d’une contribution plus importante de la calotte glaciaire antarctique (degré de confiance moyen). Dans les siècles à venir, l’élévation du niveau de la mer devrait, selon le RCP8.5, dépasser des valeurs de plusieurs centimètres par an, entraînant une élévation de plusieurs mètres (degré de confiance moyen), tandis que pour le RCP2.6, elle devrait être limitée à environ 1m en 2300 (degré de confiance faible). L’augmentation prévue de l’intensité des cyclones tropicaux et des précipitations (degré de confiance élevé) aggravera le niveau extrême des mers et les phénomènes côtiers dangereux. Les changements prévus dans les hauteurs des vagues et des marées varient localement en ce qui concerne l’amplification ou l’atténuation de ces dangers (degré de confiance moyen).

Risques projetés pour les écosystèmes

  • Les changements de la cryosphère terrestre continueront de modifier les écosystèmes terrestres et d’eau douce dans les régions polaires et de haute montagne, avec des changements majeurs dans la répartition des espèces qui entraîneront des changements dans la structure et le fonctionnement des écosystèmes et la perte éventuelle d’une biodiversité unique au monde (degré de confiance moyen). Les feux de forêt devraient augmenter considérablement pendant le reste du siècle dans la plupart des régions de toundra et des régions boréales, ainsi que dans certaines régions montagneuses (degré de confiance moyen).
  • Une diminution de la biomasse mondiale des populations d’animaux marins, de leur production et du potentiel de capture des pêcheries, ainsi qu’un changement dans la composition en espèces sont projetés au cours du XXIe siècle dans tous les écosystèmes océaniques, de la surface aux fonds marin, selon tous les scénarios d’émission (degré de confiance moyen). Le taux et l’ampleur du déclin devraient être les plus élevés sous les tropiques (degré de confiance élevé), tandis que les impacts demeurent diversifiés dans les régions polaires (degré de confiance moyen) et augmentent pour les scénarios à fortes émissions. L’acidification des océans (degré de confiance moyen), la perte d’oxygène (degré de confiance moyen) et la réduction de l’étendue de la banquise (degré de confiance moyen) ainsi que les conséquences des activités humaines autres que l’augmentation des gaz à effet de serre (degré de confiance moyen) peuvent exacerber ces conséquences du réchauffement sur les écosystèmes.
  • Les risques d’impacts graves sur la biodiversité, la structure et la fonction des écosystèmes côtiers devraient être plus importants pour des températures plus élevées atteintes au XXIe siècle et au-delà dans le cadre de scénarios d’émissions élevées par rapport aux scénarios de plus faibles émissions. Les réactions prévues des écosystèmes comprennent la perte des habitats et de la diversité des espèces, et la dégradation des fonctions de l’écosystème. La capacité des organismes et des écosystèmes à s’ajuster et à s’adapter est plus importante dans les scénarios d’émissions plus faibles (degré de confiance élevé). Les écosystèmes sensibles tels que les herbiers marins et les forêts de kelp seront confrontés à des risques élevés si le réchauffement planétaire dépasse +2 °C par rapport à la température préindustrielle, combiné à d’autres dangers liés au changement climatique (degré de confiance élevé). Les coraux d’eaux chaudes sont déjà confrontés à un risque élevé et devraient passer à un risque très élevé même si le réchauffement planétaire est limité à 1,5 °C (degré de confiance très élevé).

Risques projetés pour les populations et les services écosystémiques

  • Les changements futurs de la cryosphère terrestre devraient affecter les ressources en eau et leurs utilisations, comme la production hydroélectrique (degré de confiance élevé) et l’agriculture irriguée dans les zones de montagne et en aval (degré de confiance moyen), ainsi que les moyens de subsistance dans l’Arctique (degré de confiance moyen). Les changements dans les inondations, les avalanches, les glissements de terrain et la déstabilisation du sol devraient accroître les risques pour les infrastructures, les biens culturels, touristiques et récréatifs (degré de confiance moyen).
  • Les changements futurs dans la répartition et l’abondance des poissons et dans le potentiel de capture des pêcheries en raison du changement climatique devraient affecter les revenus, les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des populations dépendantes des ressources marines (degré de confiance moyen). À long terme, la perte et la dégradation des écosystèmes marins compromettent le rôle de l’océan dans les valeurs culturelles, récréatives et intrinsèques qui sont importantes pour l’identité et le bien-être humains (degré de confiance moyen).
  • L’élévation du niveau moyen et extrême de la mer, ainsi que le réchauffement et l’acidification des océans, devraient exacerber les risques pour les communautés humaines dans les zones côtières de faible altitude (degré de confiance élevé). Dans les communautés humaines de l’Arctique sur des terres en pente douce et dans les atolls urbains, les risques devraient être modérés à élevés même dans un scénario de faibles émissions (RCP2.6) (degré de confiance moyen), jusqu’à atteindre les limites d’adaptation (degré de confiance élevé). Dans un scénario d’émissions élevées (RCP8.5), les régions deltaïques et les villes côtières riches en ressources devraient connaître des niveaux de risque modérés à élevés après 2050 dans le cadre de l’adaptation actuelle (degré de confiance moyen). Une adaptation ambitieuse, comprenant une gouvernance transformatrice, devrait réduire les risques (degré de confiance élevé), mais avec des avantages selon le contexte.

Mise en œuvre de réponses aux changements dans l’océan et la cryosphère

Défis

  • Les impacts des changements liés au climat dans les océans et la cryosphère mettent de plus en plus au défi les efforts actuels de gouvernance pour élaborer et mettre en œuvre des mesures d’adaptation à l’échelle locale et mondiale et, dans certains cas, les pousser à leurs limites. Les personnes les plus exposées et les plus vulnérables sont souvent celles dont la capacité de réaction est la plus faible (degré de confiance élevé).

Renforcer les options de réponse

  • Les services et les options de grande portée fournis par les écosystèmes liés à l’océan et à la cryosphère peuvent être soutenus par la protection, la restauration, la gestion écosystémique préventive de l’utilisation des ressources renouvelables et la réduction de la pollution et autres facteurs de stress (degré de confiance élevé). La gestion intégrée de l’eau (degré de confiance moyen) et l’adaptation écosystémique (degré de confiance élevé) réduisent les risques climatiques au niveau local et offrent de multiples avantages pour la société. Toutefois, il existe des contraintes écologiques, financières, institutionnelles et de gouvernance pour de telles actions (degré de confiance élevé) et, dans de nombreux contextes, l’adaptation basée sur les écosystèmes ne sera efficace que pour les niveaux de réchauffement les plus faibles (degré de confiance élevé).
  • Les communautés côtières sont confrontées à des choix difficiles dans l’élaboration de réponses contextuelles et intégrées à l’élévation du niveau de la mer qui équilibrent les coûts, les avantages et les compromis des options disponibles et qui peuvent être ajustés avec le temps (degré de confiance élevé). Tous les types d’options, y compris la protection, l’hébergement, l’adaptation écosystémique, l’avancée et le recul des côtes, dans la mesure du possible, peuvent jouer un rôle important dans ces réponses intégrées (degré de confiance élevé).

Conditions favorables

  • Pour favoriser la résilience aux changements climatiques et le développement durable, il est essentiel de réduire d’urgence et de manière ambitieuse les émissions et de coordonner des mesures d’adaptation soutenues et de plus en plus ambitieuses (degré de confiance très élevé). L’intensification de la coopération et de la coordination entre les autorités gouvernementales à travers les échelles spatiales et les horizons de planification est un élément clé pour mettre en œuvre des réponses efficaces aux changements liés au climat dans l’océan et la cryosphère. L’éducation et la connaissance du climat, le suivi et la prévision, l’utilisation de toutes les sources de connaissances disponibles, le partage des données, de l’information et des connaissances, le financement, la lutte contre la vulnérabilité sociale et pour l’équité, et le soutien institutionnel sont également essentiels. Ces investissements permettent le renforcement des capacités, l’apprentissage social et la participation à l’adaptation en fonction du contexte, ainsi que la négociation de compromis et l’obtention de co-avantages pour réduire les risques à court terme et renforcer la résilience et la durabilité à long terme. (degré de confiance élevé) Ce rapport reflète l’état de la science des océans et de la cryosphère pour les faibles niveaux de réchauffement planétaire (1,5°C), tel qu’il est évalué dans les rapports antérieurs du GIEC et de l’IPBES.

Bravo pour être arrivé(e) jusqu’ici…

Et surtout bravo aux traductrices et traducteurs!

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