Izwe Focus – Retour sur un rapport pour le parlement européen sur l’huile de palme

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Suite au vote par les députés d’un report à 2026 de l’effacement de l’huile de palme de la liste des biocarburants, et donc du maintien des avantages associés, même si un second vote est prévu, nous souhaitions revenir sur un rapport de 2017 pour le parlement européen.

Ce rapport sur l’huile de palme et la déforestation des forêts tropicales humides, produit par la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire et dont la rapporteure était Kateřina Konečná, a un écho assez douloureux par rapport à ce vote de nos élus.

En voici les motifs:

“La Commission européenne explique, concernant le développement durable, que celui-ci «correspond à la satisfaction des besoins de la génération actuelle sans compromettre la satisfaction des besoins des générations suivantes.» La vision d’un développement progressif et durable de la société humaine est l’une des pierres angulaires de l’Union européenne et il convient donc d’en tenir compte dans nos décisions, également lorsqu’il est question de la problématique de l’huile de palme

Cela ne fait même pas 20 ans que l’huile de palme est devenue l’huile la plus utilisée au monde mais également l’une des principales causes de la dévastation à grande échelle de divers écosystèmes des régions tropicales. Les îles de Sumatra et de Bornéo, en Indonésie, sont entrées dans l’histoire, avec cette matière première, comme les exemples de déforestation la plus rapide dans l’histoire de l’humanité. Malheureusement, la rapidité sans précédent de l’essor de ce secteur industriel a masqué toutes les menaces qui vont de pair avec la mise en œuvre massive de monocultures. Avec le temps, on découvre désormais que les risques ont été sous-évalués et on s’aperçoit des problèmes qui accompagnent la culture démesurée et presque déréglementée de cette plante.

Les écosystèmes tropicaux, en particulier les forêts humides, qui ne constituent que 7 % de la végétation mondiale, sont soumis à une pression sans précédent dans l’histoire de l’humanité et l’on assiste à la perte, non seulement d’une végétation de très grande valeur, mais également de nombreuses espèces animales qui, dans certains cas, n’ont même pas encore été découvertes. Cependant, les retombées de la culture d’huile de palme ne se limitent pas aux forêts humides. Les écosystèmes marins adjacents sont également soumis à une pression croissante, on observe une perte irrémédiable de nappes phréatiques, l’assèchement de cours d’eau, des incendies massifs de forêts tropicales et de tourbières et le changement global du climat dans les régions incriminées, et, partant, un changement du climat mondial. Ces bouleversements n’ont pas seulement une incidence sur la faune et la flore tropicales, mais également sur les populations locales, dont l’existence est étroitement liée à ces écosystèmes. L’huile de palme se trouve ainsi au centre de nombreux conflits sociaux et économiques. Le rythme auquel ces changements se produisent est alarmant et demande donc une réaction immédiate.

L’Union européenne est le troisième débouché pour l’huile de palme et elle est donc un acteur capital dans les pays tropicaux qui cultivent celle-ci. En outre, les institutions financières européennes sont l’un des plus grands investisseurs dans ce secteur, et elles portent donc une part de responsabilité dans la façon dont leurs ressources sont employées. Il est utile de mentionner que de nombreux acteurs sont à l’origine des problèmes et qu’ils portent donc une responsabilité partagée. L’Union européenne et ses États membres, qui sont acteurs de cette situation, devraient assumer cette responsabilité en s’attaquant au problème de front et en prenant des mesures qui permettront d’améliorer une situation actuellement critique.

Les Nations unies ont élaboré un plan d’action pour le développement durable à l’horizon 2030, dans lequel elles énoncent 17 objectifs fondamentaux à atteindre dans ce délai. La problématique de l’huile de palme, qui concerne la totalité des 17 objectifs mentionnés, est particulièrement liée, cependant, aux objectifs 2, 3, 6, 14, 16, 17 et, surtout, 12, 13 et 15. Cela illustre le caractère fondamental de la question de l’huile de palme et la raison pour laquelle il est urgent de se pencher sur ce dossier et de chercher des solutions satisfaisantes et inscrites dans la durée.

En faut il plus?

Nous attirons également votre attention sur l’avis de la commission de l’Agriculture et du développement rural, dont voici quelques points.

“La commission de l’agriculture et du développement rural invite la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire, compétente au fond, à incorporer dans la proposition de résolution qu’elle adoptera les suggestions suivantes:

1. constate que l’huile de palme est de plus en plus utilisée tant comme biocarburant que dans les aliments transformés, où son utilisation s’est accrue par rapport à d’autres huiles végétales, 50 % des produits emballés contenant actuellement de l’huile de palme;

2. constate que l’huile de palme représente environ un tiers de la consommation mondiale totale d’huile végétale et quelque 60 % du commerce mondial d’huiles végétales;

3. déclare son inquiétude face au risque que pourrait faire peser sur l’environnement et la société le triplement prévu de la demande mondiale d’huile de palme lors des prochaines décennies;


Santé

13.  appelle l’attention sur les conclusions de l’étude de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA)(1) et d’autres études qui montrent que les huiles végétales transformées, et en particulier l’huile de palme, contiennent des contaminants génotoxiques et cancérigènes formés au cours du raffinage ou à forte température, ce qui peut avoir des conséquences sur la santé;

14.  invite instamment les États membres à continuer de veiller au respect de la législation en matière de sécurité des aliments et d’étiquetage des produits dans la fabrication desquels sont utilisées des graisses végétales, dont l’huile de palme;

15.  juge préoccupant que, dans certains États membres, l’huile de palme continue d’être employée dans la fabrication de produits laitiers tels que les fromages sans que cela ne soit indiqué sur le produit, ce qui induit les consommateurs en erreur;

16.  invite la Commission et les États membres à mener des campagnes visant à informer les consommateurs des particularités de l’huile de palme, afin de préserver leur santé et d’encourager une consommation éclairée;

Facteurs de déforestation, amplitude et ampleur géographiques

17.  constate que la production d’huile de palme est un facteur majeur de déforestation d’une amplitude inquiétante dans les zones tropicales;

18.  observe que 73 % de la déforestation mondiale résulte du défrichement de terres réalisé pour la production de matières premières agricoles, et que 40 % de la déforestation mondiale est imputable au passage à des plantations en monoculture d’huile de palme à grande échelle(2);

19.  constate que la majeure partie de la production d’huile de palme a lieu en Malaisie et en Indonésie, qui totalisent à elles deux environ 85 % de la production mondiale, mais qu’elle est également importante ou en augmentation en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Liberia, en République démocratique du Congo, en Colombie et au Pérou;

20.  constate également que la mutation à l’œuvre s’amplifie rapidement et s’accélère, les surfaces converties à la culture de l’huile de palme ayant doublé voire triplé en une à deux décennies dans les sept principaux pays exportateurs, ce qui représente une perte de couvert forestier de 15 % en une décennie seulement;

21.  constate la complexité des facteurs concourant à la déforestation, tels que le défrichement des terres pour y installer du bétail ou des cultures, en particulier pour y produire du soja destiné à l’alimentation de bétail européen ou encore de l’huile de palme, mais aussi l’étalement urbain, l’exploitation forestière et d’autres activités de l’agriculture intensive;

22.  sait qu’il convient d’adopter une démarche globale, tenant compte de tous les facteurs de la déforestation et prévoyant des mesures et une collaboration dans les pays producteurs comme dans les pays consommateurs;

Effets sur l’environnement

23.  est conscient de l’importance de préserver les forêts tropicales et la biodiversité; éprouve une vive inquiétude en constatant que des forêts tropicales d’une extrême biodiversité sont transformées en plantations d’huile de palme de monoculture au prix du sacrifice d’habitats naturels irremplaçables et d’écosystèmes abritant de multiples espèces en danger critique ou endémiques;

24.  constate les effets des grandes monocultures d’huile de palme, qui accroissent la présence des ravageurs, la pollution de l’eau par les produits agrochimiques et l’érosion des sols, et ont des répercussions sur la capacité de puits de carbone de l’ensemble de la région et sur son équilibre écologique, en entravant la migration des espèces animales;

25.  constate que le brûlis des forêts tropicales et des sols tourbeux, réalisé entre autres pour reconvertir des terres en moyens de production des systèmes agroalimentaires et énergétiques, s’accompagne de graves atteintes à l’environnement, notamment de par le dégagement de grands volumes de gaz à effet de serre;”

Pour n’en reproduire que quelques points…

Bonne lecture!

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