Izwe Focus – La décroissance

Image par Kamiel Choi de Pixabay

Nous aborderons, pour notre centième publication, la décroissance, concept à la fois politique, économique et social, né dans les années 1970.

Nous allons essayer de synthétiser, dans un format court avec les limites que cela induit,  les différents concepts associés et de vous donner les liens utiles pour approfondir.

Les origines du concept de décroissance

Le mouvement de la décroissance émerge le 1er mars 1972, quand est publié le « rapport Meadows » intitulé Les Limites à la croissance, trois mois à peine avant la première Conférence des Nations unies sur l’environnement. Ce rapport est commandé par le Club de Rome (groupe de réflexion international) à un groupe de chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology, une des meilleures université mondiale) en 1970.

Le mot « décroissance » en matière économique apparait sous la plume d’André Gorzdans un article paru dans le Nouvel Observateur du 19 juin 1972.

La réponse à la question ci-dessous sous-tend le concept de décroissance :

Nos sociétés peuvent-elles connaître une croissance infinie dans un monde fini ?

Non.

Comme d’habitude, un petit film de 3mn pour mieux comprendre (source Le Monde) :

Les impacts de la croissance économique

Modèle économique inamovible depuis des décennies, le capitalisme s’appuie sur la croissance économique. La croissance est un processus reposant sur le développement des facteurs de production, l’accès à de nouvelles ressources minérales (mines profondes) et énergétiques (charbon, pétrole, gaz, énergie nucléaire…) ainsi que le progrès technique.

Hors, cette croissance ne se fait, par définition, pas sans impacts :

  • des dysfonctionnements de l’économie (chômage de masse, précarité, pauvreté, etc.), les inégalités se creusant,
  • des dysfonctionnements de la sphère travail (perte de sens, stress, multiplication des accidents, etc.), l’humain ne rentrant pas en ligne de compte au-delà de sa capacité à consommer, le but étant de produire plus de biens et de services,
  • l’accroissement de l’exploitation des ressources et de la pollution, responsables de la détérioration des écosystèmes et de la disparition de milliers d’espèces animales.

Cette croissance économique est également un facteur d’opposition, d’inégalités et de tensions, entre le nord et le sud de notre planète, ou entre les grands blocs économiques.

Les propositions de la décroissance

La décroissance vise à faire face aux crises à la fois écologique et économique que nous vivons.

« Le rapport Meadows souligne la nécessité de mettre fin à la croissance afin de préserver le système mondial d’un effondrement envisageable selon eux et de stabiliser à la fois l’activité économique et la croissance démographique. Selon les auteurs, plus la prise de décision sera tardive, plus elle deviendra difficile à mettre en place.

Sur le plan démographique, les auteurs prônent des mesures telles que la limitation de deux enfants par couple.

Sur le plan économique, ils évoquent des taxes de l’industrie, afin d’en stopper la croissance et réorienter les ressources ainsi prélevées vers l’agriculture, les services et surtout la lutte contre la pollution.

Pour que cette économie sans croissance puisse être acceptée les auteurs proposent de répartir les richesses afin de garantir la satisfaction des besoins humains principaux. L’objectif est donc « un affranchissement de la faim et du dénuement qui reste, aujourd’hui encore, le privilège de si peu d’hommes sur la terre ». » – Source Wikipédia

Nous sommes en 1972. Près de 50 ans plus tard, ces questions méritent surement une nouvelle approche. Il est à noter que si l’écologie et la pollution sont des sujets centraux, ils ne peuvent être séparés de la lutte contre la pauvreté. En ce sens, ces propositions sous-tendent les différents plans de l’ONU et COP, où systématiquement écologie et protection de la planète sont associées à la lutte contre la pauvreté et les inégalités.

Par ailleurs, la décroissance ne s’inscrit pas dans le concept de développement durable, celui-ci étant plutôt pour la poursuite d’une logique de croissance économique avec des adaptations, là où la décroissance pousse un changement global de paradigme.

La décroissance propose donc d’agir :

  • Sur notre consommation, consommer moins et différemment, éviter la surconsommation et la surproduction,
  • Sur la solidarité, l’échange et le partage, notamment du travail via une baisse du temps de travail,
  • Dans un cadre obligatoirement international au vu des changements demandés.

Critiques

Nous reproduisons ici quelques exemples de critiques, pour votre totale information et sans les prendre à notre compte.

Le rapport Meadows, « base » de la décroissance, a été critiqué par plusieurs économistes et scientifiques, particulièrement à tendance libérale, et par son coté « catastrophisme écologique ». En 1972…

D’autres théories indiquent que les progrès technologiques permettront de répondre aux besoins sans impacts négatifs. Par exemple : les progrès faits dans la productivité agricole (mais à quel prix), la hausse du niveau de vie qui permet d’améliorer les conditions de vie (mortalité et travail infantiles). Pour en savoir plus : La fausse bonne idée de la décroissance

Certains économistes répliquent également par la capacité d’auto régulation du marché aux éventuelles nouvelles contraintes à venir.

En particulier, la décroissance ne tient pas compte des possibilités d’une croissance portée par des activités économiques liées à la transition climatique et écologique.

Pour aller plus loin

Les changements liés à la décroissance nécessitent une assise sociale et citoyenne qui n’existe pas forcément dans tous les pays, malgré une hausse de la prise de conscience des populations, sans compter celles qui subissent d’ores et déjà les impacts des dérèglements climatiques et écologiques.

Le politologue Paul Aliès, dans un article du monde disait « Nous voulons seulement passer d’une jouissance d’avoir, à une jouissance d’être ».

Cette citation peut-elle s’appliquer dans un monde où le développement économique est inégal, où souvent les valeurs sont basées sur des principes de réussite individuelle liés à la possession, où l’indicateur maître est la hausse du PIB ?

Il n’y a pas à notre sens UNE solution unique aux problèmes graves de notre planète mais plutôt un ensemble de solutions, dont certaines transitoires avant d’arriver à une solution globale.

Des principes posés de la décroissance comme la réorientation de ressources vers la protection de la planète, la lutte contre la pauvreté et le dénuement, l’acceptation que nous vivons dans un monde fini, ainsi que certains changements éthiques et d’éducation méritent à notre sens d’être pris en compte dans la conception des futures politiques publiques et économiques. Et ces principes doivent s’appliquer au niveau personnel et citoyen, local, national et international.

Sources et articles:

Nous suivre

.